🖊 La forêt rêvée

Petite histoire

《 Un rêve pour s’évader 》

Je rédige ceci en réponse à l’article de Paquerite, qui a proposé à ses abonnés de rédiger une petite histoire pour s’évader du confinement. Initialement un voyage imaginaire -carte postale de reconfinement-, mais j’ai plutôt rédigé comme une sorte de rêve… 🌠

http://paquerite.com/2020/10/carte-postale-de-mon-reconfinement1/

J’ai encore un peu sommeil, et pas spécialement envie d’ouvrir les yeux. Encore quelques minutes… Je me retourne, me roule en boule, prête à re-sombrer. Quelque chose de très léger se fait sentir sur mon front, une chatouille. Sans doute une satanée mouche. Je remue un peu la tête en gromelant, rien à faire, toujours cette sensation, puis je finis par sentir nettement un souffle. Des souffles. Quelque chose me renifle. Un peu pétrifiée par ce constat, ne bougeant plus pendant quelques secondes, je me résolue finalement à faire face à cette chose, et ouvre brusquement les yeux.

Un renard!!? Je pousse un cri et redresse subitement mon buste. L’animal, ayant eu aussi peur que moi, fait un bon en arrière et trottine rapidement à plusieurs mètres, pour finalement s’asseoir en me faisant face. L’air intrigué. Il agite un peu la queue avant de l’enrouler autour de ses pattes avant. Le museau au vent, il remue la truffe tout en plissant un peu les yeux. Il n’a pas l’air si farouche que ça… Réalisant soudainement l’improbabilité de la situation, je constate que je ne suis pas du tout dans mon lit, ni chez moi, ni même dans un endroit que je connais. Mais dans une forêt très atypique.

En jetant un regard tout autour de l’endroit où je me tiens assise, je vois que j’avais dormi dans une sorte de nid de branchages, de feuilles et de plumes, plutôt confortable par ailleurs. Levant le regard, je réalise qu’il fait nuit car je perçois beaucoup d’étoiles, mais la lune dégage une forte lueur qui éclaire bien les alentours, moins qu’en plein jour certes, mais on voit pleinement. Tout est bercé d’une lumière tantôt rougeâtre, tantôt bleutée, ou encore verdâtre. Celles-là étant les principales, il y a bien d’autres nuances plus légères. Celle du renard est d’ailleurs assez proche du rouge. C’est comme si chaque plante, chaque organisme vivant dégageait un aura, une énergie qui lui était propre, se manifestant par une couleur spécifique.

Le renard me fixe toujours avec curiosité. Je décide de me lever, m’épouste un peu, et me demande un peu perdue où il faudrait aller. Mon admirateur se lève à son tour, pousse un petit gloussement, fait un mouvement qui pourrait s’apparenter à une révérence, me tourne le dos et se met doucement en marche. Serait-ce sa façon de me dire de le suivre? Il me lance un regard, visiblement oui. Je décide donc de le suivre, sans ressentir d’inquiétude, la forêt dégage une atmosphère des plus apaisantes.

Le vent jusqu’alors très léger se fait soudainement plus remarquable. Le fond de l’air est très doux. À mesure que nous avançons, la forêt prend des allures plus asiatiques. Les arbres, qui avaient jusqu’alors peu retenu mon attention, devinrent des cerisiers du Japon, grands, majestueux, et odorants. Leur doux parfum est enivrant. C’est merveilleux. Le vent, par bourrasques régulières, fait tomber les pétales des fleurs, tel de la neige rose pâle, incroyablement légère et gracieuse. Le sol est par endroits totalement recouvert de ces pétales, comme un tapis neigeux rosé.

J’aperçois soudain une biche, qui pousse avec son museau le tapis floral afin d’atteindre divers végétaux bons à manger. Elle redresse soudain la tête, tend son cou et hume l’air. Elle se fige, puis tourne la tête en ma direction. Ses grand yeux noirs m’annalysent. Je ne bouge plus. La biche se déraidit, puis retourne vaquer à sa dégustation. Je lance un regard à mon compère renard, qui me le rend à son tour, puis va d’une démarche sautillante jusqu’à la biche. Il s’assoit, regarde la biche, me regarde et glousse. Je crois que ça veut tout dire.

Je m’approche lentement, jusqu’à parvenir à son niveau et reste plantée là. La biche, qui ne s’était pas le moins du monde préoccupée du renard, lève la tête pour la seconde fois, me sent la main gauche, puis me regarde dans les yeux. Je tends timidement la main qu’elle venait de renifler vers elle, et touche sa fourrure. Je passe ma main à plusieurs reprises dans son poil court, mais dense. J’aurais au moins caressé une biche une fois dans ma vie. Mon petit compagnon roux commence à trépigner. Je croise son regard, m’abaisse et lui octroie une prudente caresse sur la tête. Ainsi qu’un renard. L’air pleinement satisfait, il se lève et poursuit son chemin. Je laisse la biche vaquer à ses occupations et suis mon guide.

On arrive à une clairière. Pile au milieu, trône un banc fait à partir d’un énorme rondin de bois, environ 2 mètres de long sur un bon 50 centimètres de large, coupé dans sa longueur afin d’offrir une surface d’assise bien plate. Ça ne pouvait pas mieux tomber. J’ai perdu la notion du temps et n’ai même pas idée de la distance parcourue depuis mon réveil, mais m’y asseoir me tente bien. Mon compagnon roux a lu dans mes pensées et se pose juste à côté. J’y arrive à mon tour et m’y assieds lourdement. Je tapote le banc du plat de la main pour inviter le renard à sauter. Il ne se fait pas prier et s’exécute.

Je comprends vite qu’il veut venir sur mes genoux, je le laisse faire, il s’y installe dos à moi. Tu prends de l’assurance dis donc. Je triture sa fourrure à l’épais sous poil, sans doute son poil d’hiver, et lui masse doucement les épaules. J’admire encore une fois tous ces splendides cerisiers en fleurs, je n’ai jamais rien vu de tel, ni même imaginé qu’une si jolie forêt puisse exister. Chaque arbre ayant sa nuance, plus ou moins rosée, certains tirant même sur le mauve. Incroyable la rayonnance individuelle de tout ce qui compose la forêt depuis que j’ai ouvert les yeux. D’ailleurs mes paupières s’alourdissent, je retiens un bâillement.

Le poids de la fatigue se fait de plus en plus lourd, je comprends vite que je vais devoir renoncer à la contemplation de cet endroit féerique. Je décide donc de m’allonger sur le dos, sur ce banc. Mon fidèle guide se place sur ma cage thoracique et se roule en boule. Je lui accorde le reste de mon énergie à lui gratouiller l’arrière des oreilles. Lançant un dernier regard vers le ciel, je contemple les étoiles. La Lune, très lumineuse, finie par avoir raison de moi, je ferme les yeux, un peu éblouie, et soupir de contentement. Ça va être dur de ne pas se réveiller à nouveau ici.

~ Kakuma

(*3 photos, modifiées par mes soins, issues de Pixabay. ▪︎ Renard : Erik_Karits ▪︎ Biche : MAKOTO ▪︎ Banc : compte inactif-ID1278956)

Publié par grainesdeverdure

J'aime la nature, les plantes potagères, de rocailles, vivaces, arbustes fleuris, arbustes à feuillage persistant, l'aquariophilie ainsi que la permaculture.

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